Données ouvertes & visualisation: vers une transparence accrue sur les contrats

25 juillet 2016

[Note: cet article est une traduction d’un billet publié sur le blogue du Open Contracting Partnership.]

En 2015, la Ville de Montréal a posé deux gestes significatifs en matière de transparence : elle a rendu disponible une large partie de ses données contractuelles et a lancé Vue sur les contrats, un outil permettant de visualiser et de creuser les données de contrats. Représentant un progrès significatif en matière de transparence, cette démarche a également mis en évidence les avantages de la standardisation mais aussi les enjeux de qualité de données et des choix de design inhérent à de tels projets. Ultimement, l’utilisation d’un format standard, combiné à une approche de logiciel libre a permis de créer un module réutilisable par d’autres organisations qui, comme Montréal, souhaiteraient transformer des données certes disponibles mais peu accessibles en un véhicule de transparence et d’information.

Un peu de technique

Le développement d’un outil de visualisation des contrats municipaux a été une des premières actions du Bureau de la ville intelligente et numérique. Suivant une consultation auprès de  la communauté montréalaise des données ouvertes, il a été décidé que l’outil développé devrait rendre les données disponibles au format Open Contracting de manière à assurer une cohérence avec les meilleures pratiques internationales et tout en supportant les efforts de standardisation des données ouvertes. Basé sur cette approche, l’architecture développée privilégie la stratégie de dogfodding: l’outil de visualisation utilise uniquement les données structurées au format Open Contracting, une API ayant été développée pour répondre aux besoins d’échanges dynamiques.

Ainsi l’outil de visualisation n’a pas d’accès à des données privilégiées, tout ce qui était nécessaire pour développer l’outil devait être contenu dans les données ouvertes. L’ensemble des données demeurent publiées en première instance au format CSV, les systèmes financiers étant limités dans les formats supportés. L’outil Vue sur les contrats récupère quotidiennement les fichiers CSV sur le portail de données et les structure selon le format Open Contracting. L’interface web interroge l’API publique pour afficher les résultats. Enfin l’outil a été développé avec une licence de logiciel libre pour favoriser la réutilisation de l’outil et du code, le tout est hébergé sur une plateforme de gestion et de partage du code.

Choix, design et données

Comme souvent pour des projets technologiques, la technologie n’a pas été le principal enjeu. Le premier enjeu auquel a fait face l’équipe est celle du type d’usage à privilégier. D’un côté, l’accent pouvait être mis sur des outils d’analyse et de visualisation traitant plus les données dans leur ensemble; d’un autre côté, l’accent pouvait être plus sur la recherche et l’affichage de contrats spécifiques. Le choix final a privilégié la seconde approche après que des essais sur la première approche aient été jugés difficiles d’approche pour les utilisateurs moins habitués aux visualisations complexes. Bien que les données de contrat soient bien loin d’être des « données massives », les nombreuses facettes d’analyse possibles et les nombreux types d’usage envisageables rendent difficile de produire un outil simple et répondant à l’ensemble des besoins. La solution choisie répond aux usages premiers identifiés, l’API publique permettant de développer des outils répondant à d’autres besoins, par exemple de visualisation.

Deuxième enjeu: les données et les connaissances du processus d’approvisionnement. S’il peut être facile de penser qu’un contrat est un contrat, la réalité des processus d’approvisionnement des organismes publics est plus complexe. Dans le cas de la Ville de Montréal, cela implique des cycles de vie des contrats  (et de la données) significativement différents entre les processus d’appel d’offre, qui doivent passer par une approbation d’une instance politique (conseil municipal ou comité exécutif) et les contrats octroyé de gré à gré par le fonctionnaire, certes pour des montants nettement plus petits, mais très nombreux. Mettre au même niveau ces deux types de contrats ne reflète pas totalement la réalité des processus en jeu et ne permet pas assez aux utilisateurs de comprendre le fonctionnement de la Ville bien que les données factuelles n’en demeurent pas moins justes. En bout de ligne, en plus d’améliorer la transparence, un outil de comme Vue sur les contrats doit également permettre de mieux comprendre certains fonctionnements administratifs.

Une plateforme vivante

Face à ces enjeux, une séance d’évaluation de l’outil a été conduite auprès de membres de la communauté après le lancement afin d’évaluer les améliorations possibles. Il en a résulté une dizaine de suggestions changements permettant de rendre Vue sur les contrats plus utile pour la communauté. Toutefois, certains de ces changement sont dépendant d’améliorations dans la production des données qui sont en cours.

Malgré les améliorations toujours possibles, l’outil a rencontré son objectif d’améliorer significativement la transparence en matière contractuelle. L’outil Vue sur les contrats est utilisé autant par les journalistes que les élus et le personnel politique et évidemment les citoyens. Nous recevons régulièrement des questions quant à l’outil et il est mentionné à l’occasion dans les médias comme source quand il est question de contrats de la Ville.

Pour dire les choses simplement: ouvrir les données est un élément fondateur de la transparence, mais une transparence accessible pour tous passe par des outils comme Vue sur les contrats.